G-Zon (La Meute) : « Je suis un gros consommateur de rap américain » [INTERVIEW]

 

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G-Zon et Ronsha, deux loups de La Meute n'aiment pas qu'on leurs mette des bâtons dans les roues et le font savoir dans un clip astucieux : un riff de guitare acoustique symbolisant la maturité de leurs mindsets, des plumes toujours aussi affûtées et ce thème qui sonne comme étant du vécu et dans lequel moi-même je peux malheureusement me sentir concerné.

C'était donc le bon moment pour passer G-Zon au détecteur de vérité d'AlloRap et ainsi apprécier cette carrière de qualité rare dans le Hip-hop avec son crew, dont les maîtres-mots sont patience et authenticité…

 

 

AlloRap : Pour commencer cet interview, j'aimerais que tu nous racontes la genèse autour de ce titre, Des bâtons dans les roues. Est-ce que c'est toi ou Ronsha qui a eu l'idée du thème ?

G-Zon : A la base c’était un morceau à moi, destiné à une compil malheureusement tombée à l'eau. J’ai été mis en contact avec le beatmaker, qui m'a renvoyé les pistes séparées. Je les ai faites écouter à Ronsha, je lui ai demandé de poser un 16 là-dessus, sur ce thème des bâtons dans les roues. Il a donc écris sa partie avec son talent d’écriture habituel et on est parti enregistrer et mixer… et la semaine d'après, on mastérisait ! On a clippé ensuite au mois de juin 2017 en payant le moins cher possible grâce à des potes et on a attendu septembre-octobre pour éviter le creux des vacances, puis ça a traîné jusqu'à novembre-décembre le temps qu'on peaufine les détails sur le montage du clip, entre temps on a bossé sur l'édition de la pochette… On a donc balancé le clip en même temps que la sortie numérique.

AR : Votre parcours dans l’underground fut sans doute semée d’embûches ?

G-Zon : Justement c'est ce qu'on voulait dévoiler à travers ce track, on voulait parler de tous ça, que face aux bâtons dans les roues, faut pas lâcher, faut continuer…

AR : Comment définirais-tu votre style de rap ?

G-Zon : La Meute on est des passionnés avant tout. On préfère être moins productif et faire du rap de qualité. Souvent les gens nous disent vous faites du rap à l'ancienne, je leur répond nan nan nous on fait du rap classique. Je fait du boom bap, c'est un style comme un autre comme tu me dirais de la trap, du west-coast ou du dirty south. Aux États-Unis ils disent jamais ça, du rap "old school", ça n'existe pas, ils disent on fait du "classic hip-hop".

 

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La Meute : K-Lvin, DJ Kefran, Ronsha et G-Zon 

 

AlloRap : T’es plus rap US ?

G-Zon : Je n'écoute pas souvent de rap français, je ne m'intéresse pas à ce qui sort, ce qui se fait, ni les radios car ce qui passent en général c'est bullshit. Tu vois en fait je suis un gros consommateur de rap américain. Je télécharge tous les jours, je suis l'actualité uniquement de l'underground et c'est pour cela qu'avec Ronsha on a lancé l'émission le Ronsha Mix tous les jeudis de 20h à 22h sur Radio RapTz, on fait découvrir toutes les nouveautés boom bap underground du rap US. Les meilleurs tracks qu'on a écouté dans la semaine on les partage dans cette émission qui est délivrée façon mixtape avec des passe-passes à chaque titre, y'a pas de paroles, que du mix du mix du mix… Tous les dimanches on balance sur le Facebook de Ronsha le tracklist ainsi on identifie les artistes et l'émission est ré-écoutable. On a donc beaucoup d’interaction et cela nous permet de prendre contact avec des emcees ricains issus de l'underground ou parfois un peu plus connus, intéressés par des beatmakers français spécialisés dans la préparation d'album rap US. Notamment DJ Clif et DJ Kefran.

AR : Tiens cela me fait penser dernièrement j'ai vu le reportage sur Rockin' Squat et Solo à New York, à cette époque déjà il y avait une connexion saine…

G-Zon : Ouais sauf que maintenant les mecs ils veulent plus poser avec des français. C'est pas le deal. Ils font les prods et derrières ils vont inviter que des artistes américains. Ils veulent viser le marché US underground principalement. Un gros producteurs US comme Statik Selektah quand il fait un album, c'est lui qui est mis en avant sur la pochette, avec des pointures invitées à poser, que des grosses barres. Là c'est le même principe.

AR : Comment gères-tu l’influence que peuvent avoir tes textes sur ton public ?

G-Zon : Bien sur, tu me verras jamais raconter des trucs qui me sont jamais arrivés, des histoires de mytho… Après quand c'est des thèmes bien prédéfinis comme le morceau que j'avais fait " La jungle avec un grand J ", on parle cash du ghetto, de la cité, des quartiers, du deal, de l'alcool, tous ce qu'on a connu… Je suis dans un constat permanent de ce que je vois autour de moi, de ce que je vois au quotidien, mais je sais que j'ai une part de responsabilité. Moi-même j'ai trois enfants, je vais pas aller raconter que les meufs c'est toutes des putes. C'est pas du tout mon état d'esprit, d'abord j'ai jamais été dans cet univers. Encore moins pour faire du buzz et vendre des disques. Tu vois j'ai 45 ans, si tu me dis tu va faire une tournée comme une star mais tu laisses ta famille tes enfants… Nan. J'ai plus 20 ans tu vois ce que je veux dire. Aujourd'hui je fais mes sons comme ils viennent, avec les gars de La Meute, des featurings avec des artistes que j'apprécie dans le rap français. Si je peux en vivre, tant mieux, mais ce qui me plaît c'est de faire des sons, d'écrire, de mixer, de faire toutes ces choses-là. Faire une super pochette, balancer des trucs, ce que je ressens, ce que j'aime comme musique, ce qui me fait vibrer tu vois ce que jeux dire… C'est ce qui m'intéresse.

AR : Quand est-ce que tu as commencé à t’intéresser à la culture Hip-hop ?

G-Zon : Vers 9 ans j'ai commencé à faire du breakdance. On était dans une cité où le break est arrivé tôt vers 82-83, on allait en faire au Trocadéro, on faisait la manche pour gagner un peu de tune et tout… C'est arrivé un peu comme ça le hip-hop après on a un peu lâché. Le smurf et le break ont un peu disparu… Dans les années 90 on est revenu un peu. En fait j'ai touché un peu à tout la danse mais aussi le graffiti mais ensuite je me suis focalisé sur le rap. En 95 on a monté La Meute, on faisait des freestyles, des trucs entre nous etc. et en 99 on a commencé à faire notre première mixtape, ensuite une deuxième, après les maxis puis les albums. J'ai sorti Musique Nuisible en 2011 et ensuite Musique Nuisible Remix où je voulais aussi faire parti des beatmakers de la scène parisienne. Ensuite on a fait Rap Jurassic avec DJ Clif. Maintenant je suis avec Ronsha et on balance des Bâtons dans les roues. Peut-être que dans 6 mois on va retourner avec un autre truc tu vois ce que je veux dire c'est en fonction du feeling. On se dit pas faut qu'on finalise à tout prix à telle date, on a pas la pression musicale, on fait ça comme on le sent. Par contre quand on fait un truc c'est pas on le balance comme ça et on s'en fout. On le défend, moi-même je m'occupe de la promo, tout ce qu'on fait autour de La Meute. J'ai des contacts, je fais en sorte que ce soit publié sur des sites, que ça fasse un maximum de bruit. Cependant le hip-hop pour moi reste secondaire. Ma priorité cela reste ma famille.

AR : Tu a assez de bouteille pour aujourd’hui tirer un bilan sur ta carrière discographique ?

G-Zon : Avec le temps on a quand même un public qui nous suit. On a jamais explosé vraiment mais on a donné beaucoup au hip-hop. Aujourd'hui je veux juste manger à ma faim…

AR : Et sans basculer dans le commercial et les sirènes de l’auto-tune, ce qui est de plus en plus rare…

G-Zon : J'ai été bercé par l'âge d'or du rap américain. Donc les années 90. Je suis vachement dans le boom bap, j'apprécie le sample, les boîtes à rythme…

AR : Heureusement des bons artistes de rap il y'en a encore, comme vous ou L'Indis par exemple…

G-Zon : Il y aussi Le Gouffre, il y a plein de groupe qui restent underground comme nous qui restent dans le classique rap…

AR : Quel-est votre secret de fabrication ?

G-Zon : On essaye de faire des textes plus ou moins propres, pas sortir du thème à chaque punchline…

AR : J'ai remarqué une cohérence remarquable dans le choix de tes collaborations : Aketo, Scred Connexion ou encore Tepa

G-Zon : Ce qui m'intéresse c'est de travailler avec des gens avec qui je m'entends bien, avec qui on a les mêmes goûts, les mêmes feelings. On passe des bons moments en studio.

AR : Et techniquement, avec toujours des emcees d’un niveau technique et lyricale très pro comme le tien…

G-Zon : Ce que je fais est clair, simple, aéré et c'est efficace. C'est du travail mais tout le monde peut rapper. C'est juste une technique qu'il faut comprendre. Si tu prends des cours, que tu fais des ateliers d'écriture, cela pourra te sembler accessible mais ce qui est dur c'est de trouver les bonnes phases. Trouver des bonnes punchlines, ça c'est dur.

AR : Vu ton niveau de punchline il vaudrait mieux pas se frotter à toi en clash !

G-Zon : Les clashs c'est pas trop mon truc à la base c'est pour faire des sous. Aux USA quand ils ont fait les premiers clashs c'était pour vendre des disques, puis après ils ont fait la même chose en France. Faire des clashs, lancer des insultes… je préfère aborder des thèmes de la vie, des choses plus intéressantes tu vois. Les gens il faut qu'ils puissent s'y reconnaître dire ça ouais ça m'est arrivé aussi…

AR : Quels-sont les média qui ne veulent pas vous diffuser ?

G-Zon : Les radios c'est mort, la plupart sont maquées par les majors. Au niveau de l'internet français, je suis bien suivi, quand je leur envoi un nouveau clip ou un nouveau son. Après les tunes c'est le nerfs de la guerre, plus t'en mets et plus tu vas te faire connaître. Aujourd'hui les petits jeunes ils sont plus attirés par ce qui se fait actuellement, moi mon public est plutôt axé 35-50 ans et pas entre 8 et 18 tu vois ce que je veux dire.

AR : Est-ce qu’une major peut proposer des solutions ?

G-Zon : De manière générale un artiste qui a fait un premier album en indé et qui sort un autre sur une major, on constate clairement la différence. Et d’ailleurs le résultat c’est que son public ne le reconnaît plus, c'est comme un retour en arrière…

AR : Oui l'enrichissement est souvent mal perçu par les fans de la première heure…

G-Zon : En fait on pourrait comparer un bon rappeur à un artisan qui va en faire très peu, parce qu'il fait tout à la main, mais le produit qu’il fait, il le vend un peu plus cher car c'est de la qualité. Ensuite s'il veut le faire distribuer à plus grande échelle dans les supermarchés, il va forcément vendre un produit de moins bonne qualité…

 

g-zondelameute.bandcamp.com

 

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